Des participants s'expriment
Des participants aux assises nationales se sont prononcés à l'issue de la cérémonie d'ouverture par rapport à leurs attentes quant à cette rencontre et notamment sur la question de l'article 37 dont beaucoup attendent de voir le dénouement.
Hermann Yaméogo, président de l'UNDD
"Dès le départ, nous étions partie prenante aux assises du CCRP. C’est un aboutissement après les troubles que nous avons connus, après la crise qui a marqué le système de notre régime. C’est l’aboutissement de demandes venant des citoyens. Le chef de l’Etat en a pris acte et décidé de réunir les Burkinabè pour qu’ils réfléchissent sur ces réformes. Il s’agit de réformes d’ensemble parce que j’entends dire par-ci et par-là que ces assises consistent à se pencher sur l’article 37. Ce n’est pas cela le problème. Il y a beaucoup de questions qui sont posées à travers les réformes et nous allons les aborder toutes et au final, nous verrons quelles sont les modalités de mise en œuvre. C’est une chose qui est très importante. Concernant l’article 37, nous avons toujours été pour la limitation du mandat depuis la troisième république et sous la quatrième république, c’est nous qui avons été à l’origine du compromis et, aujourd’hui, on ne peut pas se dédire. Il faut qu’il y ait cette limitation du mandat présidentiel. Pour ce qui est des réformes, il s’agit de réformes au niveau de la justice. Il faut faire en sorte que la justice ait beaucoup plus de liberté de manœuvre, se pencher mieux sur la carrière des magistrats, sur le Conseil supérieur de la magistrature. D’une manière générale, ce qu’il faut, à travers ces réformes, c’est que la confiance soit restaurée entre les gouvernants et les gouvernés parce que la crise que nous vivons est une crise d’autorité, c’est une crise vis-à-vis du pouvoir, de l’Etat. C’est cela qu’il faut restaurer et permettre à la démocratie de pouvoir bien s’implanter".
François de Sales Bado, membre de l'Eglise catholique
"Je peux dire que je n’ai pas pris part aux précédentes assises mais je fais partie de la délégation de l’Eglise catholique et nous avions des délégués qui ont participé à l’ensemble des travaux. Je suis présentement aux assises nationales et après avoir pris connaissance de l’ensemble des travaux, des conclusions au cours des précédentes rencontres, je pense que c’est avec un esprit de sérénité, de confiance et une volonté de participer à la construction du pays en travaillant pour des réformes qui vont aller dans ce sens. C’est donc un esprit positif. Dans ce genre de travaux, il ne faut pas se focaliser sur un seul aspect. C’est un ensemble de réformes et, comme vous le savez, il y a des propositions consensuelles, des propositions non consensuelles. Pour l’article 37 qui en fait partie, c’est un tout. Il appartient aux participants de donner leur appréciation et s’il y a un consensus concernant ce qui a été dit, cela va être appliqué. C’est dans ce sens qu’il faut voir les choses tout simplement. Il n’y a pas de panique. Pour ma part, les propositions que je souhaite voir arrêtées, il y a la question de la réconciliation nationale qui est fondamentale dans tout ce que nous faisons. Quelles que soient les réformes que l’on va adopter, si elles ne sont pas basées sur la vérité, la justice, la sincérité des acteurs, nous sommes en train de construire sur du sable. Il faut qu’il n’y ait pas un esprit de manipulation quelque part parce que, si à travers ce que nous faisons, il y a un esprit de manipulation, tout ce que nous avons voulu construire va s’effondrer comme un château de cartes".
Naboho Kanidoua, 1er vice-président de l’Assemblée nationale
"Nous abordons ces assises avec le même esprit par lequel nous avons participé au Conseil consultatif sur les réformes politiques à savoir, un esprit d’ouverture, de respect mutuel, de respect des opinions des uns et des autres et surtout en orientant toute la réflexion pour un Burkina où le peuple est toujours en cohésion avec lui-même afin d’aborder les chantiers du développement. Si vous avez écouté les discours du ministre d’Etat chargé des réformes politiques et le discours du Premier ministre, c’est un processus qui a démarré par le Conseil consultatif sur les réformes politiques qui a produit un rapport qui a été largement publié. Ensuite, il y a eu les assises régionales qui ont abordé tous les points sur lesquels le CCRP avait eu à travailler et à produire un rapport à la fin de ses travaux. C’est la synthèse de tout cela qui sera le document de base des assises. Ce que nous attendons, c’est que le consensus qui était sorti du CCRP puisse être conforté à la fin de ces assises, que les uns et les autres puissent donner leurs points de vue sur là où nous, participants à l’époque au CCRP, n’avons pas pu trouver un consensus. Nous ne sommes pas venus avec des arrière-pensées; nous sommes venus pour que les gens puissent s’exprimer librement en leur âme et conscience et, pour qu’à la fin, nous puissions dire tous ensemble ce que nous pensons que nous pouvons faire comme réformes pour approfondir la démocratie pour que notre pays fonctionne mieux, pour que les chantiers du développement puissent être mieux gérés. C’est donc cet esprit qui nous anime ce matin".
Bouba Yaguibou, 1er secrétaire adjoint de l’ADF-RDA
"Au regard du grand nombre, nous avons quelques appréhensions mais nous espérons qu’au sortir de cette rencontre, les conclusions auxquelles le CCRP est parvenu ne seront pas vider de leur substance. Notre position par rapport à l’article 37 n’a pas varié d’un iota. Notre position est qu’il faut laisser l’article 37 en l'état et même qu’il faut le renforcer de sorte qu’à l’avenir, on ne puisse plus le modifier".
Guy Lingani, président de l’Association des Burkinabè de la région de Washington aux Etats-Unis
"Nous sommes arrivés ici précipitamment parce que nous avons été informés à la dernière minute mais nous avons pu prendre contact avec la base par rapport aux problèmes qui nous concernent tous. Nous sommes très contents d’être impliqués dans cette démarche au niveau des assises nationales même si initialement, nous n’avons pas été impliqués pour tout ce qui était fait puisqu’il y a un certain nombre de choses qui ont été mises en place. Nous espérons que ce que nous demandons en tant que diaspora sera entendu et pris en compte, qu’il ne s’agit pas tout simplement de faire de la présence. Comme nous ne sommes qu’au début, on verra bien ce qui va se passer mais déjà, l’esprit est louable: le fait de mettre en place ce procédé de concerter toutes les forces vives de la Nation. L’article 37 est, si vous voulez, au niveau de la diaspora, à l’image de ce qu’on a au niveau du pays même, c’est-à-dire que les avis sont partagés dans des proportions qui varient. J’ai cru comprendre qu’il n’y a pas eu de consensus là-dessus et je ne sais pas dans quelle direction on va avancer. Les documents qui m’ont été remis donnaient trois directions. Il y a ceux qui étaient pour qu’on le laisse en l’état, il y a ceux qui, à l’opposé, souhaitent que ce soit dévérouillé et il y a le troisième point qui est le référendum. Concernant la position de la diaspora, je pense que je dois garder cela pour les travaux que nous allons avoir. C’est vrai que je porte un message de la diaspora, j’ai envoyé un courrier à toute la base et ils ont fait des recommandations que j’ai compilées et je vais garder la primeur pour les différents membres des travaux parce qu’il est vrai que lorsqu’on touche à l’article 37, c’est assez explosif. Vous avez remarqué que même sur le Net, lorsqu’on met le chiffre 37, c’est assez explosif même si cela ne concerne pas l’article. Pour ce qui est de nos attentes, hormis la possibilité de voter pour la diaspora, on a aussi quelques aspects concernant les étudiants qui ne sont pas pris en charge à l’extérieur. Et même lorsqu’ils sont pris en charge, ils ne sont plus gérés lorsqu’ils terminent. On ne sait pas s’ils doivent rentrer ou s’ils doivent rester là-bas. Personne ne s’en occupe. Ils sont laissés à eux-mêmes. Par contre , ce que je voulais mentionner c’est que les réformes envisagées comportent un volet concernant la création d’un sénat au sein duquel la diaspora sera représentée. On ne saurait rêver d’une meilleure tribune pour faire entendre la voix des Burkinabè de l’étranger. Lorsque ce sénat sera créé et qu’on aura le droit à la parole à cette tribune, ce sera une meilleure chose parce qu’en général, on subit dans tous les cas. Il y a aussi le renforcement des pouvoirs de contrôle de l’Assemblée nationale face au pouvoir exécutif, la modification des rapports entre le président de la république et le Premier ministre en faveur de ce dernier, qui apparaissent aujourd’hui comme des propositions consensuelles. En somme, ce sont ces points que je vais essayer de défendre avec mes amis, nous trois qui sommes arrivés des Etats-Unis".
Tayourou Toé, délégué consulaire, président des délégués consulaires du Burkina Faso en Côte d’Ivoire
"Effectivement, nous sommes venus prendre part à ces assises nationales qui nous concernent également et nous pensons que c’est une bonne chose surtout pour voir dans quelle mesure le pays doit se développer dans la justice et la paix. Concernant l’article 37, pour le moment, ce sont des choses qu’on murmure. Je n’ai pas encore de position là-dessus".
Abdou Ouédraogo, coordonnateur régional des organisations de la société civile du Centre-Ouest
"Les attentes de la Coordination régionale des organisations de la société civile du Centre-Ouest et de ma personne en tant que citoyen burkinabè sont que tout ce qui a fait l’objet de consensus doit nous permettre, d’une manière ou d’une autre, de poser les bases d’une consolidation de la démocratie et de la paix sociale durable dans notre pays. Pour revenir à votre question, la question de l’article 37 qui n'a pas fait l’objet de consensus, doit faire l’objet aussi de discussions. L’article 37, au cours de ces débats, ne devrait plus ressortir puisque cela a été l’objet de discussions chaudes tant au niveau national que régional. C’est pour dire qu’il faut éviter le pire au Burkina, ce qui est arrivé aux autres. Laissons l’article 37 comme il se présente et cherchons à faire des réformes qui sont capables de conduire au mieux la destinée du pays".
Propos recueillis par Dabadi ZOUMBARA et retranscrits parChristine SAWADOGO
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