6e CONFERENCE DE L’UEPA
6e CONFERENCE DE L’UEPA
Population africaine: des atouts aux défis en débat à Ouagadougou
La population africaine est en débat et ce, depuis le lundi 5 décembre 2011 à Ouagadougou. C’est à l’ occasion de la 6e Conférence africaine de la population (CAP) qui connaît la présence effective de scientifiques venus des continents africain, européen, américain et asiatique et que le Burkina a l’insigne honneur d’abriter. Ce sont près de 800 scientifiques travaillant dans le domaine de la population qui présenteront les résultats de leurs travaux dans 132 séances avec 400 communications en cinq jours. Sous le thème « Population africaine : passé, présent et futur », cette 6e CAP se penchera sur la dynamique de cette population en lien avec son développement. C’est le ministre Albert Ouédraogo des Enseignements secondaire et supérieur (MESS) qui a présidé la cérémonie d’ouverture.
«Population africaine : passé, présent et futur »; c’est sous ce thème que s’est ouverte à Ouagadougou ce lundi 5 décembre 2011 la 6e conférence de l’Union pour l’étude de la population africaine (UEPA). Les questions migratoires, de fécondité, de mortalité, celles en relation avec les secteurs sociaux comme l’éducation, la santé et l’emploi sont autant de défis auxquels, selon le Pr Albert, « la politique de population depuis 1991, révisée et adoptée en 2009 » entend faire face. C’est la plus grande activité scientifique qui concerne les questions de population en Afrique, et par-delà, le plus grand forum sur cette question se tenant tous les quatre ans. Après Arusha en 2007, c’est le Burkina Faso qui accueille la présente conférence qui se positionne comme « une opportunité de partage des connaissances entre chercheurs, décideurs, gestionnaires de programme, partenaires au développement et autres acteurs dans le domaine de la population», a fait entendre Jean François Kobiané, vice-président de l’UEPA et président du comité d’organisation. Un autre officiel, présent à la tribune, est le Dr Eliya Zulu, président de l’UEPA qui, prenant la parole, a félicité le Burkina Faso du fait qu’il fait preuve de leadership en matière de population et a mis l’accent sur les objectifs et les activités de l’Union, ainsi que sur la situation démographique du continent. Selon lui, « le continent est à la traine par rapport aux questions de développement. Or, le continent était au même niveau ou presque, avec les pays de l’Asie. Cependant, aujourd’hui, les indicateurs sociaux demeurent faibles ». La conférence se tient du 5 au 9 décembre 2011 dans la capitale burkinabè. C’est une marque de confiance à l’égard de l’Université de Ouagadougou pour l’organisation de ladite conférence en ce sens que de nombreux travaux d’expertise ont été effectués par l’Université de Ouagadougou à la demande de nombreuses « organisations internationales et des organisations non gouvernementales à travers des activités de recherche et de formation, notamment depuis la création de l’Unité d’enseignement et de recherche en démographie (UERD) devenue depuis 2005, l’Institut supérieur des sciences de la population (ISSP) », selon le Pr Albert Ouédraogo, ministre des Enseignements secondaire et supérieur. Ce leadership scientifique en matière de population a fait l’objet de distinction de l’Institut par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) en 2006 sous le label de centre d’excellence régional. La 6e conférence sur la population africaine se tient dans un contexte où la population burkinabè, à l’instar des autres pays du continent, connaît une croissance démographique très avancée. En effet, estimée à 10 312 609 habitants en 1996 lors du recensement général de la population, elle a atteint 14 017 262 habitants en 2006, soit une croissance moyenne annuelle de 3,1% qui laisse croire que la population se doublera chaque 22 ans. En véritable diagnostic de la population africaine, cette conférence fera le point entre population et développement dans 132 sessions dont 122 formelles et 20 sessions parallèles. « Soit 30 sessions de plus que l’année dernière. Cela relève du fait que les préoccupations scientifiques se font sentir de conférence en conférence », dixit Jean François Kobiané. C’est le représentant du président de l’UNFPA qui a bouclé la série des interventions. Il a demandé que les uns et les autres (chercheurs et autres acteurs en matière de population) tirent les enseignements des 7 milliards d’êtres que la terre a atteints le 31 octobre dernier. Selon lui, «depuis la conférence du Caire en 1994, il y a un progrès considérable, mais beaucoup reste à faire en la matière car, 37% des grossesses sur le continent ne sont pas suivies. La question des jeunes doit être traitée avec sérieux pour qu’elle ne passe pas d’atout au passif, car 22% des jeunes du monde se retrouveront sur le continent africain en 2025 ».
Wilfried BAKOUAN
Légende :
1- Les officiels à la cérémonie d’ouverture : le Professeur Albert Ouédraogo (micro) a déclaré les travaux ouverts
2- Les participants sont venus d’Afrique, d’Europe d’Amérique et d’Asie
ENCADRE
Pr Albert OUEDRAOGO
« La croissance démographique est quelque chose qu’il faut utiliser avec beaucoup de tact »
«J’attends de cette conférence qu’à travers les différentes comparaisons le Burkina puisse savoir quelle est sa place, où il se situe et vers où il doit partir, parce que ce n’est qu’à travers la comparaison qu’on peut aussi se positionner. On peut penser que ce qu’on est en train de faire est très bien, mais en regardant les autres, on peut les relativiser. Et c’est en relativisant qu’on devient de plus en plus sage. Et en la matière, la croissance démographique est quelque chose qu’il faut utiliser avec beaucoup de tact. Parce que la moindre erreur peut avoir des répercussions funestes. Soit en ne faisant rien et on accroit la population sans réflexion, soit en commençant à freiner et on fait tomber la population, et ce sera dramatique. Donc, il faut vraiment avoir toutes les données avant de pouvoir permettre aux décideurs de faire le bon choix.»
Propos recueillis par WB
6e CAP
La journée du Burkina riche en enseignements
La journée du Burkina a eu lieu lundi, premier jour des travaux de la 6e Conférence africaine sur la population (CAP). Trois ateliers étaient constitués pour discuter de la population burkinabè le soir même du jour de l’ouverture des travaux. Le premier traitait des questions de migration, le second de l’emploi des jeunes et le troisième de la problématique de la santé de la reproduction et celle de la mère et de l’enfant. Des exposés sur les thèmes suscités on été faits avec grand intérêt.
Dans le premier atelier qui traitait de la migration, il ressort de la présentation de M. Banogri Dabiré que de 1960 à 1990, les migrations internes étaient plus le fait des femmes. Toutefois, on a assisté à une modification et une intensification de la structure des migrations après les années 1970, liées aux phénomènes naturels. Dans cette nouvelle dynamique de la migration burkinabè, il y a eu des fronts pionniers (les zones de l’Ouest, du Sud et les régions cotonnières). Quant aux migrations internationales, elles se caractérisent par leurs caractères masculins (82% des migrants internationaux sont des hommes). La principale destination des migrants est la Côte d’Ivoire. Le communicateur relève qu’il y a un recul de mouvements de retour des migrants dont le pic a été atteint en 1985. A partir de 1990, de nouvelles tendances se sont développées et les migrants sont de plus en plus de retour, surtout après les évènements de Tabou (Côte d’Ivoire) avec aussi un pic en 2002. En somme, pour le communicateur Dabiré, la crise en Côte d’Ivoire n’a pas freiné les mouvements vers ce pays, mais elle a diversifié les destinations. De nouvelles destinations telles que l’Italie les USA, le Ghana et le Gabon intéressent de plus en plus les migrants burkinabè. Cependant, l’histoire migratoire du Burkina Faso n’est pas qu’en sens unique où ce sont les Burkinabè qui sont toujours allés vers l’extérieur. Le communicateur reconnaît qu’il y a eu des moments où le Burkina a connu un solde positif.
A sa suite, c’est le Pr Ram Christophe Sawadogo qui a pris le relais pour s’intéresser aux « nouvelles dynamiques de changements sociétaux induits par les retours massifs et brusques ». Après un bref aperçu historique des phénomènes migratoires au Burkina avant les indépendances, il ressort de son propos qu’il y a eu une prise de conscience du devoir de construction nationale avec des conditions difficiles de retour. Mais des formes d’investissements individuels et collectifs se développent. En conclusion, pour le Pr Sawadogo, il appartient au Burkina Faso de s’approprier son mouvement migratoire pour en tirer les meilleurs profits.
Le Pr Mahamadou Zongo a bouclé la série des communications. Pour lui, le retour était essentiellement visible à partir du sud de la Côte d’Ivoire dans les années 1990. Depuis 2002, avec la naissance de la rébellion, les populations du nord sont aussi intéressées par le retour. Les changements occasionnés par les retours de migrants en milieu rural sont culturels à travers l’ « innovation des goûts » et économiques avec des problèmes liés au foncier. Le second atelier a mis l’accent sur les problèmes d’emploi des jeunes et du chômage. Il ressort que les formations ne sont toujours pas en adéquation avec les besoins en emploi. Et le troisième atelier a été ponctué par des communications qui ont exposé les problèmes liés aux fistules obstétricales. Des généralités aux caractéristiques des femmes victimes en passant par les conséquences sociales ont été relevées. Mais, il y a un lien entre les mariages, grossesses précoces et fistules obstétricales. La seconde communication de cet atelier fut le cadre pour le Ministère de la santé, représenté par Dr Djénéba Sanou, de parler de la santé de la mère et de l’enfant. Le sujet a été abordé sous l’angle des généralités, définition, état des lieux, prévalence contraceptive et les raisons de la faiblesse de cette prévalence. La journée du Burkina a beaucoup fait apprendre sur sa population. Sa dynamique et le rapport entre dynamique et développement ont été mis exergue.
Par WB
Légende:
1- Les participants aux travaux en atelier...
2... ont échangé sur les communications portant sur la situation de la population burkinabè
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